Une aire d'autoroute comme tant d'autres, avec les mêmes vacanciers et leurs problèmes de couple, les mêmes boutiques, le même restoroute, les mêmes putes qu'ailleurs. A ce carrefour, une ado disparaît. Ce n'est pas la première, trois autres ont déjà disparu par ici. L'une d'elles était la fille de Pierre Castan, qui poste jour et nuit où elle s'est volatilisée pour retrouver le salaud qui a fait ça.
Mais le who done it n'est pas le propos. Ce qui intéresse Joseph Incardona, dont Derrière les panneaux il y a des hommes a reçu le Grand Prix de littérature policière en France, c'est l'universalité de la douleur qui rabaisse l'humain à ce qu'il a de plus vulgaire, de plus reptilien. A travers une galerie de personnages – le duo de flics, la trop jeune psy, le gérant pourri du restoroute, les parents contrits, le prédateur robotisé... – il met à jour les petites pourritures individuelles et les travers sociaux qui participent insidieusement aux crimes.
Son style, haché, brut, aux descriptions souvent dérangeantes, prend des allures de slam et se fait complainte pour décrire un univers dans lequel les destins sont fatalement soumis aux lois physiques élémentaires. Comme pour l'autoroute et de toute éternité, tout est connecté. Mais «Le chaos est la règle. / L'ordre est l'exception». (Marianne Brun)