Safran

Von: Marina Salzmann

Die zwölf Erzählungen des Bandes Safran von Marina Salzmann untersuchen verschiedene Bezüge zur Realität und zu ihren Darstellungen und bedienen sich dazu des Absurden oder der mise en abyme (der Spiegelung eines Motivs oder Erzählaspekts). Lange innere Monologe, das genaue Erfassen der Wahrnehmungen der Figuren, Themen wie Angstzustände und das Verschwinden charakterisieren die Geschichten und geben dem Band seine Einheit. Die zeitgenössische Welt erscheint vor lauter Regeln und Normen sinnentleert. Eine Zuflucht zeichnet sich ab in Ausdrucksmitteln wie der Malerei und der Musik, oder auch dem Wort, angesiedelt an der Grenze zum Gesang oder zur Geschwätzigkeit. (ng, Übers. rg)

Safran
_Safran_ est le deuxième recueil de nouvelles de Marina Salzmann. À travers les onze histoires qui le composent, l’auteure explore divers aspects d’un monde hanté par sa propre disparition. Elle met en scène des personnages qui, tous à leur façon, tentent de résister à l’absurdité ou à l’anéantissement de leur existence. Ainsi Camille réfugiée dans une Chine imaginaire y retrouvera peut-être son amour perdu. Agnès et ses collègues opposent à la bureaucratie et à l’aliénation une logique transmutatrice à la Lewis Carrol. Faute de mieux, on peut toujours essayer d’échapper au contrôle des caméras, habiller les morts ou décorer des cafétérias d’usine. Et on peut parler. Parler au vide, parler pour prendre congé ou pour faire comme s’il y a quelqu’un. Il y a quelqu’un. **Un extrait de nouvelle:** «Assise sur la plage, je regarde la petite fille. Elle a chaussé des palmes en caoutchouc de couleur bleue. Elle essaye de marcher en levant haut ses jambes à peine plus longues que les palmes. La pierre, le sable, la mer et le ciel, tout autour d’elle semble vivant. Les angles trop affûtés des rochers paraissent s’adoucir autour de la petite fille. Les arêtes perdent leur tranchant, la perspective s’incurve. Autour de la petite fille le monde est ovale et penché. J’ai écarté quelques mégots avant d’étaler ma serviette-éponge sur le sable. Maintenant je suis assise un peu crispée sur son côté recto où sont brodés à la machine des coquillages stylisés. Deux frises de berniques me bordent en haut et en bas quand je m’allonge. Enfin, pas tout à fait car, ma serviette-éponge étant un peu courte, la frise inférieure m’arrive au mollet. Un épineux que je ne puis identifier jette à terre et sur moi et ma serviette-éponge une ombre mouvante aux contours indéfinis. C’est avec un groupe d’une quinzaine de personnes, des collègues de travail accompagnés de leurs familles, que je passe mes vacances d’été. Ils se trouvent à une dizaine de mètres en rang d’oignons sous un bosquet. Les limites de leurs linges se chevauchent. Mon fils Sébastien, seize ans, est avec eux, sa serviette presque identique à la mienne, sauf qu’au lieu de coquillages elle a des motifs d’ancres de bateau.» (Présentation du recueil, Bernard Campiche éditeur)