Lettre à Menétrey

Von: Michel Bühler

Lettre à Menétrey
Dans la _Lettre à Menétrey_, Michel Bühler s’adresse à un ami, mort il y a deux ans. Bilan d’une vie et d’une amitié. Portrait aussi d’un "pays qui dort" (la Suisse) et, en pointillé tout au long du récit, un voyage dans les Territoires Occupés, en Palestine. Une fois de plus, Michel Bühler frappe par sa générosité, sa façon pudique, mais ferme, de dire les choses de la vie. Émergent aussi de ce livre le portrait attachant d’un homme hors du commun et l’histoire d’une grande amitié. La pente est rude; on a quitté la plaine, le trafic, et maintenant, la route se faufile entre les forêts déjà rougies par l’automne. Le village est là, comme figé, posé sur le replat. Dernier chemin à droite, derrière la scierie. Une maison aux murs blancs, Bühler, Michel, à la porte. François, le grand-père, a jeté la première pierre contre le mur de l’usine, un soir où la canaille s’en était venue protester. Les yeux malins, dans son cadre en bois, on l’entendrait presque houspiller le monde, les nantis. C’est une tradition: chez les Bühler, les hommes gueulent. Michel est le dernier, il a choisi de gueuler à travers ses livres, ses disques, sur les scènes de théâtre. Mais le pays n’aime pas trop ceux qui gueulent. Le pays est "propre en ordre", sourd, juste ce qu’il faut, le pays dort. Michel Bühler est du pays; il a vu le monde, rencontré des hommes justes et bons, il en a vu de moins justes et de moins bons. Et il le dit, et il dérange. Il a choisi de dire sa vérité. Et, forcément, de passer pour un gêneur. Il a cinquante ans passés, Michel Bühler, dont trente, quarante peut-être, à s’user la voix pour quelques-uns, pour ceux qui savent encore écouter, rire, boire et chanter. François disait que "cinquante ans de vie, c’est cinquante ans d’espoir". _Roger Jaunin_

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