Dans Universalgeschichte der Monogamie, le dernier et le plus grand des romans de l'auteure, Lena apparaissait déjà comme personnage secondaire, plein de secrets et étonnamment proche de la protagoniste, sa nièce Sophia. Elle se retrouve au centre du récit et révèle, dans un long monologue intérieur, son grand secret, jamais soupçonné par les lecteurs. Eux seuls l'apprennent, pas encore la nièce, car tout le récit est à la fois la préparation et le report de l'aveu que Lena se prépare à lui faire. Cette oscillation entre l'envie et la difficulté de se confesser contribue autant au charme du roman que son humour plein de finesse. Lena passe du coq à l'âne, retraçant ainsi toute son histoire, celle de sa famille et celle de l'Allemagne des années 1920 jusqu'aux années 1990\. Son monologue, en apparence décousu et redondant, nous présente en réalité sous la forme la plus dense une grande saga familiale, dans une perspective non plus patriarcale, mais féminine. Du très grand art.
Feuxcroisés no 5 (2004)