_Les premières couleurs que m'apporte le soleil se dessinent en labyrinthe de vitrages. Port-au-Prince se réveille toujours avec ses cris, ses douleurs mal exprimées dans une enveloppe de fumée. De bas en haut, les espoirs massacrés par le vit-qui-peut planent sur une espace qui a perdu son destin de capitale. La ville rugit. Sa voix emplit le ciel avec ses milliers de crieurs, de cireurs de bottes, de bottes répressives. Pareille à des jours de bombardements, la fumée attaque le ciel en plein flanc, détourne la vision de la lumière. C'est le signe annonciateur d'une autre journée grise._
_Je réchauffe mon café des premières minutes de la nuit précédente. Tout ce qui peut traverser les ténèbres de ce pays porte en lui un morceau de mémoire, un tiroir de vies perdues. Comment arrive-t-on à faire des affaires dans un pays où rien n'est stable? Chaque jour apporte ses prix et ses oublis. Foutre! Qui pourra me raconter ce qui s'est passé la nuit dernière? On est tous complices du silence, de la voiture merlette faite en boîtes d'allumettes._
_Lucien va arriver d'une minute à l'autre. Pour les clients, il est l'agent de sécurité._
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