Gens du Lac

Von: Janine Massard

Mit einer Urkunde bezeugt die Französische Republik 1947 den beiden Schweizer Fischern Amy Gay Senior und Junior ihre «Genugtuung und ihren Dank» für die Hilfe, die sie während des zweiten Weltkriegs der Résistance zukommen liessen. Dies ist der Ausgangspunkt für Janine Massards Buch – Roman, Märchen und Geschichtsschreibung. Die über Generationen gewachsene Solidarität der Seeleute am Genfersee, Franzosen und Schweizer, hält trotz des Krieges an und führt zu einem stillen Netzwerk der illegalen nächtlichen Grenzübertritte. Abseits von diesem Geschehen bezahlt die Frau von Amy Junior als «modernes Aschenbrödel» ihren Tribut an die allgemeine Stummheit und leistet auf ihre Art Widerstand. In ziselierter Sprache öffnet Janine Massard eine intime Tür zu Ereignissen, die bis heute kaum dokumentiert sind. (mr, Übers. rg)

Gens du Lac
Dans son entourage, on était plutôt taiseux, et pourtant Ami dit «Paulus» avait toujours su que parler n’était pas en rajouter mais défendre son opinion qui valait autant que celle d’un autre, comme il le prouvera plus tard. Il était enfant unique à une époque où le pays était pauvre, les familles nombreuses, mais lui, sans frère ni sœur, s’était senti à part, au début en tout cas, puis avait accepté la situation, entrevoyant aussi qu’il n’y aurait pour lui aucune nécessité de quitter sa bourgade au bord du lac. Observateur-né, il avait acquis l’assurance qu’un rejeton seul n’aurait pas à s’exiler pour trimer dans une de ces usines avec grandes cheminées, où l’on parlait une langue éloignée de la sienne, idiome rocailleux qui jaillissait de la gorge; il n’aurait pas non plus à traverser l’Océan pour l’Amérique. Il était du lac et, grâce à lui sans doute, n’avait jamais eu l’impression d’avoir la tête vide. Quand il partait pêcher avec son père patron, il en guettait les cadences, observait l’eau pour mieux apprendre sa mobilité. Se signalant à elle, il s’en faisait une alliée. Loin de la rive, le paternel et lui n’étaient plus que deux personnages insignifiants, soutenus par leur bateau. Le lacustre en lui savait qu’il vivrait de la pêche: les vagues lui murmuraient l’humeur de l’eau, amicale ou colérique; il interprétait brises et vents qui pouvaient les entraver jusqu’à la tragédie. Heureusement, papa avait un bon bateau avec une coque profonde, rassurante, pas un de ces noie-chrétien qui vous envoie par-dessus bord à la première vague sérieuse. Sur l’eau, il fallait tenir par tous les temps, lui avait dit le chef, soucieux de lui transmettre ses connaissances, en lui rappelant à quelques reprises que le lac était un élément exigeant, à respecter; cette affirmation lui était restée, il s’en souviendra quand il verra des bancs de poissons morts flotter à la surface. (Janine Massard, _Gens du Lac_)

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