L’œuvre d’Alexandre Voisard existe! Elle s’est affirmée dès 1954, avec la caution d’un maître qui l’avait généreusement aidée à naître. Elle s’est confirmée en bientôt un demi-siècle, livre après livre, reconnue par les lecteurs et la critique sous tous les aspects que l’on peut attendre d’une œuvre littéraire digne de ce nom: nécessité, originalité, cohérence, variété.
Nécessité: c’est par la poésie qu’elle s’affirme dès le début comme quelque chose de nécessaire, et pas du tout comme une activité qui serait «facultative» ou accessoire. Originalité: elle s’affirme d’emblée en tant que langage spécifique, et cela ne cessera de se confirmer au fur et à mesure de la parution des volumes. Cohérence: cette œuvre est tout orientée autour d’un centre, à savoir le désir du pays d’enfance. Variété: il suffira de feuilleter les volumes de l’œuvre complète à venir pour s’aviser avec quel bonheur Voisard est passé d’un genre à un autre, comment il a fait évoluer son style, comment il a su varier les tons.
Je suis poète. Je le suis profondément ("Pourquoi j’écris"): cette proclamation n’est pas de la prétention, elle est un constat. On pourrait le modifier quelque peu: «je suis écrivain». Cela voudrait dire entre autres choses que Voisard a toujours besoin de dire son rapport au monde et qu’il s’est forgé une langue à cette fin. Deux aspects concomitants: le besoin irrépressible de dire son rapport au monde ne peut s’apaiser qu’à travers un langage qui s’expérimente en tant que langage, non en tant que reflet du monde, ce qui veut dire qu’il s’adapte, se modifie – s’adapte aux choses à dire, se modifie par le fait que le langage génère du langage.
_André Wyss_
Alexandre Voisard, _Fables des orées et des rues_, Orbe, Bernard Campiche, 2003.