> _la douleur n’apprend rien, rien, le refuge_
> _qu’elle offrait vient de s’effondrer ; lorsque_
> _les cris cessent et que la bouche dévastée,_
> _puante d’entrailles, se vide à longs traits,_
> _j’entends hurler la voix que j’appelle mon_
> _âme ; telle est mon âme, un déchet_
> _organique qui cherche à me fuir, la voici ;_
> _contre ce que je pense, contre qui je suis,_
> _ces aveux disent la rupture, traînent_
> _l’esprit comme une dépouille dans le_
> _désintérêt de l’autre, jusque dans l’oubli_
> _de la solitude même_
Dans ce deuxième livre, Philippe Rahmy reste fidèle à son entreprise d'écrivain: questionner son corps malade dont l'aventure, loin d'être close sur elle-même, n'est pas sans lien avec les tumultes du monde.
Apre et cruel, son «chant d'exécration», qui renonce à toute espèce de compassion comme aussi bien à toute complaisance à souffrir, atteint ici, tant la parole dit juste depuis sa violence même à une densité poétique qui bouleverse et comble le lecteur.
Lisant ce livre, on se dit que si la littérature était toujours aussi libre, autant détachée du souci du paraître, il y aurait moins de raison de désespérer de l'homme et de sa souffrance.
(J.-M. B.)