_À Edith Habersaat_
Je suis l’ombre mascotte des âmes
Qui furent mes prairies bleues
Je vais le long des routes du monde
En chantant le tournesol
Ce beau pain solaire
À partager avec lui.
Hélas! Dans le ventre obtus des uns
Gît la vache nourricière
Qu’ils ont fait mourir par sacrilège.
Les autres cisaillent
Mes chemins de poésie
Leur froid silence en errance
Jusqu’aux étuves du cœur.
Marcher quand même, il le faut!
Dans mes yeux les paysages
Habités de mon enfance:
Montagne, prés en cascade
Orées de songe où, des plumes du vent
Roulent des grains de genièvre
Doux comme les mots
Que se disent mes âmes, la nuit.
Ibis, bel ibis
Oiseau de la tête haute
Œil d’un ciel reflété du dedans
Incite-nous à pareil regard!
Élève-nous au-dessus
De la mort frivole
Aux tavelures de plomb!
Sauve-nous d’elle dans cet envol!
Après, nous arpenterons
La soif qu’il faudra
Vers l’inconnu de l’Impérissable.
(_Azoth_, p. 23)