Avec la connivence des embruns

Von: Françoise Matthey

Avec la connivence des embruns
Une île bretonne, rocheuse, sauvage, vivante, est au centre de ce nouveau recueil de Françoise Matthey. Une île, c’est un concentré de beauté terrestre dans l’immensité marine, sous l’amplitude du ciel; toujours en train de parfaire sa beauté par le moins : les vents l’aiguisent, la mer avec ressac et marée la tient dans la rigueur de son mouvement perpétuel, le soleil met tout en lumière, failles et fissures comprises, les rochers millénaires se taillent sans cesse, selon une vaste dramaturgie cosmique. Son aura, elle, est légère, faite de sel, d’écume, d’embruns, de cris d’oiseaux. La poésie, à l’image de l’île, est décantation, ascèse, chemin vers la nudité de l’être, en quête de l’essentiel du vivre et du mourir. D’où, dans les poèmes de Françoise Matthey, ces élans vers le bref, le peu, le moins : elle dit les perceptions au plus juste, au plus sobre, elle efface le je pour mieux interroger le monde, elle capte les ruptures et les harmonies, elle se plie au souffle et au rythme des vents, de l’eau. Ce faisant, elle découvre la mesure humaine, le temps suspendu, « l’irruption de la joie singulière ». Doris Jakubec J’étais venue pour étreindre une quiétude un bruissement iodé mais des profondeurs ont émergé des alphabets revêches des tombes entr’ouvertes Je n’ai pu qu’approcher la cadence millénaire instaurée par le souffle s’ouvrir se recueillir s’ouvrir Lieu d’où partir et à soi revenir p. 21 (Présentation du recueil, Empreintes)